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Le Pen et Le Progrès : le poids des mots, le choc des consciences

Ils sont des journalistes persuadés qu’un journal républicain ne saurait dérouler le tapis rouge au leader de l’extrême-droite. Et aussi des citoyens n’ayant pas d’affinités avec les ennemis de la démocratie. A écouter le directeur général du Progrès, leur place n’est plus à la rédaction du quotidien lyonnais ! Un titre qui s’est pourtant toujours réclamé de principes républicains et laïcs. Et avait même fait le choix de ne pas paraître durant l’occupation nazie.

Prouvant qu’en matière d’initiatives douteuses le pire est toujours à craindre, la direction du Progrès a décidé de mettre en place, le 21 novembre, une opération « Face aux lecteurs » avec Jean-Marie Le Pen, le leader du FN qui est allé jusqu’à nier l’existence des chambres à gaz ! Non contente de se lancer dans ces opérations de promotion qui consistent, au nom de l’interactivité avec le lecteur, à changer la rédaction en chambre d’enregistrement, la direction du journal vient de franchir la ligne jaune, en invitant à sa table un parti politique qui n’a rien de fréquentable.

La rédaction du Progrès a toujours joué son rôle et traité l’actualité politique, FN compris, avec toute l’objectivité qui s’impose, sans rechigner. Ici, elle est face à un cas de figure bien différent : il ne s’agit plus de couvrir un événement, mais de le monter de toutes pièces ! Lorsque le SNJ s’en est longuement ému lors du dernier comité d’établissement, la seule réponse du directeur général et de la rédaction fut d’inviter ceux que cela dérangeait au plus haut point à faire jouer la clause de conscience. Voilà donc tracée la nouvelle ligne éditoriale.

Le SNJ, majoritaire à la rédaction du Progrès et première organisation syndicale de la profession, ne peut pas laisser passer cette grave atteinte à l’image du journal, pas plus que la défiance de son directeur général. Il appelle tous les salariés à observer un arrêt de travail symbolique de deux heures, le mardi 21 novembre, de 10 h à midi. Le SNJ a prévu d’organiser au même moment une réunion d’information pour les salariés du titre.

Lyon, section le Progrès

le 13 novembre 2006