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Plainte en diffamation : un journaliste traité comme un criminelTrois policiers qui sonnent au domicile d’un journaliste à 6h 40 du matin, l’interpellent, le traitent de « racaille » devant ses enfants, avant de le conduire au commissariat pour le déférer, menotté, après deux fouilles au corps intégrales, devant un juge. Cela s’est produit en France, en 2008, le vendredi 28 novembre. Le journaliste s’appelle Vittorio de Filippis. Il travaille à Libération. Quel est donc le supposé gravissime délit de presse qui lui a valu ce « traitement de faveur » de la part de la justice ? Il n’a pas répondu à une convocation - qu’il dit n’avoir jamais reçue - dans le cadre d’une plainte en diffamation déposée par Xavier Niel, fondateur de Free, mécontent d’un article publié par Libération en 2006. A l’époque, Vittorio de Filippis était PDG et directeur de la publication du quotidien. Gérant de la société des personnels de Libération (SCPL), il venait en effet de succéder à Serge July. Au printemps 2008, Xavier Niel a été débouté et condamné à des dommages et intérêts pour procédure abusive. Mais il s’acharne et a déposé une nouvelle plainte, cette fois à propos du commentaire d’un internaute sur l’article le concernant, et que Liberation.fr avait laissé en ligne. Vittorio de Filippis travaille toujours à Libération, où la juge d’instruction pouvait à tout moment le contacter. Mais dans une société qui veut mettre en prison les enfants de douze ans, et où le chef de l’État porte plainte contre n’importe quel citoyen qui ose le brocarder, interpeller à son domicile un journaliste, l’insulter devant ses enfants, le faire déshabiller et le menotter pour un simple soupçon de diffamation semble une procédure « normale » ! Le Syndicat National des Journalistes, première organisation de la profession, ne peut accepter que de telles pratiques se banalisent. Il dénonce fermement la démesure avec laquelle sont désormais instruits certains délits de presse, et y voit une manœuvre de plus visant à intimider un secteur professionnel, déjà victime d’un climat de dénigrement quasi-systématique de la part de certains milieux politiques et économiques. Le SNJ apporte son entier soutien à Vittorio de Filippis et à la rédaction de Libération. L’intersyndicale en appelle à la mobilisation des citoyensCommuniqué de l’Intersyndicale des journalistes SNJ / SJ-CFTC / SJ-FO / USJ-CFDT / SNJ-CGT L’arrestation musclée avec fouille au corps, pour une simple suspicion de délit de diffamation, dont a été victime vendredi dernier notre confrère Vittorio de Filippis, a toutes les allures du mauvais remake d’un film de Costa-Gavras, cinéaste spécialisé dans la stigmatisation des régimes totalitaires. Mais pour les ministres Rachida Dati et Michèle Alliot Marie, ce sont des procédures normales. Comment la France a-t-elle pu tomber si bas ? On croyait révolu le temps où le ministre de l’Information validait le texte du journal télévisé : il n’en est rien. Au lieu de constituer une force au sein de notre démocratie, la liberté de la presse semble être considérée comme un fléau. Toutes les intimidations sont bonnes pour dissuader les journalistes de faire leur travail. Pour l’intersyndicale des journalistes (SNJ / SJ-CFTC / SJ-FO / USJ-CFDT / SNJ-CGT), cette nouvelle atteinte à la liberté de la presse constitue une suite logique des propos tenus depuis plus d’un an par les hautes autorités de l’Etat et des réformes engagées ou envisagées. Elle ne présage rien de bon pour la démocratie et les citoyens. De même l’annonce par le président de la République, une de plus, doit être accueillie avec la plus grande méfiance. La "dépénalisation de la diffamation", dont les propositions sont avancées par un universitaire lyonnais, sous couvert de "simplification", est en fait une destruction pure et simple de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Aussi, l’intersyndicale des journalistes appelle tous les journalistes, tous les citoyens, toutes les associations et tous les partis politiques attachés au respect de la liberté de la presse et de la personne humaine, à se rassembler vendredi 5 novembre à 13 h devant le palais de Justice de Paris pour manifester leur soutien à Vittorio de Filippis, du journal Libération, et à protester contre la politique actuelle du gouvernement en matière de presse. On peut également soutenir l’action des syndicats de journalistes en signant leur pétition La FEJ "stupéfaite"La Fédération européenne des journalistes (FEJ), le groupe européen de la Fédération internationale des journalistes, a fait part aujourd’hui de sa stupeur suite à l’interpellation du journaliste de Libération Vittorio de Filippis. "Les conditions de l’interpellation de M. de Filippis sont scandaleuses car elles sont disproportionnées par rapport aux faits qui lui sont reprochés", a déclaré le président de la FEJ, Arne König. "En outre nous sommes proprement plongés dans la stupeur au regard de l’activisme judiciaire pour une simple suspicion de diffamation sur un forum en ligne, en l’occurrence des propos qui n’ont pas été écrits ou tenus par le journaliste lui-même". Vittorio de Filippis, journaliste et ex-directeur de la publication de Libération, contre lequel a été délivré un mandat d’amener dans une banale affaire de diffamation, a été interpellé vendredi matin à 6h 40 du matin devant sa famille, insulté, menotté, avant de subir deux fouilles au corps. A l’origine de la plainte se trouve le fondateur du fournisseur d’’ccès Internet Free. Il reproche au site Internet du journal Libération d’avoir publié en 2006 un commentaire après un article de Renaud Lecadre qui relatait les démêlés judiciaires de Niel avec la justice. "Cette affaire a des relents de chasse aux sorcières contre la presse au moment ou les autorités tentent de "réformer" par tous les moyens de briser le service public audiovisuel, l’AFP et la presse écrite par le biais des Etats Généraux", déclare la FEJ. FEJ, Communiqué de Presse le 1er décembre 2008 Pour plus d’informations : +32 2 235 22 15 La FEJ représente plus de 250000 journalistes dans plus de 30 pays d’Europe le 29 novembre 2008 |