Syndicat national des journalistes

Premier syndicat français de journalistes

Les communiqués



 

Pour les journalistes le rabotage fiscal serait une « double peine »

Comme par hasard, c’est au moment où la majorité présidentielle est empêtrée dans l’affaire Woerth/Bettencourt, largement développée dans les médias, que des menaces se précisent sur le régime fiscal qui s’applique aux journalistes.

Et c’est sans doute aussi par hasard qu’au même moment, certains membres du gouvernement se répandent sur des salaires de journalistes qui seraient mirobolants et feraient d’eux une profession privilégiée.

L’allocation pour frais d’emploi des journalistes, qui n’était pourtant pas considérée jusqu’ici comme une niche fiscale par Bercy, se retrouverait donc promise au rabot de 10%, au même titre que les autres niches. Et selon les propos du ministre du Budget, les journalistes seraient amenés à « contribuer à l’effort comme tout le monde ». Il faut donc rappeler d’où vient ce régime fiscal, comment il fonctionne, et expliquer pourquoi, en matière de « contribution », les journalistes ont déjà largement donné. A l’origine, l’abattement supplémentaire de 30% sur les revenus imposables des journalistes, dont on trouve les premières traces dès les années 1930, venait compenser la faiblesse, voire l’absence, de remboursement des frais professionnels par les éditeurs.

En 1998, il fut remis en cause, et c’est à nouveau le refus des patronats du public et du privé d’en compenser la perte qui a entraîné, pour une bonne part, l’obtention par la profession de l’allocation pour frais d’emploi.

Cette possibilité ouverte à un journaliste de déduire 7650€ de ses revenus imposables a donc une réalité en 2010, comme elle en avait une hier : tenir lieu de remboursement de frais pour nombre d’entre eux. Notamment les journalistes rémunérés à la pige qui, compte tenu de la crise que traverse le secteur, représentent aujourd’hui un quart de la profession. Toucher à l’allocation, ce serait faire endosser aux plus précaires des frais incombant normalement aux entreprises

Cette disposition fiscale contribue également à compenser des rémunérations anormalement basses, en contradiction avec une image trop répandue. Ainsi, dans les grilles de salaires par forme de presse adossées à la convention collective des journalistes, plusieurs fonctions se trouvent aujourd’hui sous la barrière du Smic.

Parmi les 37000 détenteurs de la carte de presse en 2008, 217 journalistes mensualisés avaient certes des salaires supérieurs à 10000€ bruts par mois, mais près de la moitié étaient en dessous de 3000€ bruts. Quant aux pigistes, ils étaient 37% à gagner moins de 1500€.

Entre 2000 et 2008, en euros constants, le salaire brut mensuel moyen d’un journaliste a diminué de 75€. Le montant brut mensuel moyen des piges est passé de 2200€ à 2059€. Alors, privilégiés les journalistes, Mme Morano ?

Ainsi, par la double compensation de la faiblesse salariale et de la carence des remboursements de frais, les dispositifs fiscaux successifs applicables aux journalistes ne sont pas des « niches », mais bien des aides directes à la presse.

Ce n’est donc pas aux journalistes, dont la profession est déjà durement malmenée par des suppressions massives d’emplois et des rémunérations faisant du sur-place, qu’il faut demander un nouvel effort. Mais à leurs employeurs, toujours prompts à bénéficier de la manne de l’État, comme cela a été notamment le cas à la suite des États généraux de la presse écrite.

Les journalistes, eux, ont déjà été « rabotés ». Depuis sa mise en place en 1998, l’indemnité pour frais d’emploi n’a jamais été réévaluée, alors que l’indice Insee à la consommation a progressé de plus de 20%.

La « contribution » des journalistes à l’effort national est donc d’ores et déjà bien réelle, et très largement supérieure aux mesures envisagées aujourd’hui par le gouvernement. Ils n’accepteront pas d’être plus lourdement sanctionnés.

Paris,

PDF - 109.7 ko
Enregistrer/Imprimer ce communiqué

le 21 juillet 2010