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Section SNJ Bretagne

[Ouest France]

Dictature du clic : Ouest-France en zone critique


La mise en ligne, depuis le 13 novembre, d’une rubrique de « critiques culturelles » sur le site ouest-france.fr (https://culture-tops.ouest-france.fr/) marque un tournant dont la direction du journal ne semble pas mesurer la gravité. Dès le 16 novembre, le SNJ a alerté le directeur de la publication, lui a demandé d’en suspendre la mise en ligne et d’ouvrir une réflexion sur les moyens de renforcer la rubrique « culture » du site. En vain. Devant cet aveuglement préoccupant, nous appelons tous les journalistes à se mobiliser afin d’exercer la pression qui sera nécessaire pour convaincre nos dirigeants de se montrer plus à l’écoute. Il nous paraît inconcevable de rester sans réaction face à une initiative aussi dangereuse.

Voici pourquoi :

Elle trompe les lecteurs. Les internautes ont tout lieu de penser que les « critiques » de livres, films et autres spectacles publiés sous cette rubrique sont écrites par des journalistes d’Ouest-France. Ils n’ont donc aucune raison, a priori, de ne pas leur accorder la même confiance et la même crédibilité. Or, ces textes sont signés par des « amateurs » appartenant à l’association Culture tops avec laquelle Ouest-France a passé un accord. Sont ainsi publiées sous la bannière Ouest-France, avec un contrôle du journal pour le moins étonnant (« validation » par un rédacteur en chef adjoint), des « critiques » d’inconnus dont rien n’indique les compétences, les éventuels liens d’intérêts (avec les créateurs, les éditeurs, les organisateurs de spectacles ou producteurs…) ou les éventuels partis pris idéologiques. Ainsi, il suffit de « googliser » certains noms pour constater leur proximité avec des médias ou des mouvements d’extrême droite…

Elle méprise les journalistes. Cette  nouvelle rubrique a été mise en ligne sans aucune concertation ni information des journalistes d’Ouest-France, pas même de ceux qui alimentent quotidiennement le journal en sujets culture, et dont les articles ne sont pas systématiquement repris sur le site. C'est notamment le cas pour les critiques de livres, qui n'y ont aucune place à ce jour. On ouvre un boulevard à Culture Tops mais on ne daigne pas mettre en ligne les articles signés des journalistes d'Ouest-France, ni créer un onglet "livres". Cette façon de procéder a provoqué la colère et l’indignation de nombreux collègues. Elle nous paraît inquiétante à un moment où la direction et la rédaction en chef s’efforcent, pas toujours très adroitement, de convertir la rédaction au « web first ». On voudrait nous décourager qu’on ne s’y prendrait pas autrement. On aurait pu aussi attendre de la rédaction en chef qu’elle se montre plus soucieuse de défendre la rédaction. Au-delà, on ne peut que s’interroger : que se passera-t-il le jour où une association « d’amateurs » de foot, de politique internationale ou de finances communales viendront proposer leurs textes à nos dirigeants pour « enrichir » le site.

Elle piétine les valeurs du journal. « Dire sans nuire, montrer sans choquer… » : Ouest-France a construit son image et une relation de confiance avec ses lecteurs en affirmant des valeurs et en défendant une information honnête et rigoureuse. Les jeunes journalistes, triés sur le volet, qui traversent les épreuves de la procédure d’embauche en savent quelque chose. Que valent ces principes, quel crédit leur accorder si n’importe qui peut écrire n’importe quoi sur le site en bénéficiant de la caution Ouest-France ? On peine à comprendre comment la direction et la rédaction en chef ont pu ignorer les conséquences désastreuses d’une telle dérive. La recherche du « clic » à tout prix justifie-t-elle qu’on ruine ce qui fait l’identité et la force d’Ouest-France ? Nous ne le pensons pas.

Elle s’assoit sur le droit. Autre signe d’une légèreté inquiétante, pour ne pas parler de désinvolture, la direction et la rédaction en chef semblent avoir oublié qu’elles ont signé, en 2007, un accord « multimédia » qui fixe les bases de la contribution des journalistes aux sites internet de l’entreprise. Le tout premier article affirme, clairement : « Les règles déontologiques et éthiques du journal s’appliquent au site ouest-france.fr. Les contenus du site sont validés par la rédaction Ouest-France, selon les règles du journal, qu’il s’agisse de textes, d’images, d’informations pratiques ou de publicité ». Or, faut-il le rappeler, un accord n’est pas un chiffon de papier : lorsqu’il est signé, il doit s’appliquer. C’est la loi. La direction, qui ne manque jamais une occasion de dire combien elle est attachée au « dialogue social » ferait bien de s’en souvenir. D’autant plus que les ordonnances Macron donnent aux accords d’entreprise plus d’importance qu’ils n’en ont jamais eu. 

Qui plus est, Ouest-France est entré dans une période de changements multiples et difficiles. Leur réussite va dépendre grandement de l’adhésion des salariés et de leurs représentants. Si la direction montre aussi peu de respect pour les engagements qu’elle prend, elle aura du mal à gagner notre confiance.

 

Rennes, le 30 Novembre 2017

Thèmes : Information

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