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Accueil du site > Le syndicat > La communication du SNJ > Les communiqués de presse > En 2013 > Pour qui roule l’Observatoire des métiers de la presse ? - mardi 17 septembre 2013

Pour qui roule l’Observatoire des métiers de la presse ?

La publication récente du nouveau rapport de l’Observatoire prospectif des Métiers de la presse, "Les nouvelles fonctions en presse et les actions d’accompagnement", confirme une évolution de cette structure que le Syndicat National des Journalistes, première organisation de la profession, ne peut que déplorer.

Théoriquement placé sous la tutelle des partenaires sociaux de la Commission paritaire nationale de l’emploi et de la formation professionnelle du secteur "presse", l’Observatoire a pour mission "d’étudier la situation et l’évolution quantitative et qualitative de l’emploi et des qualifications dans la presse...". Une mission importante, délicate dans le contexte du paritarisme, et qui requiert le plus grand sérieux compte-tenu de l’impact potentiel de ses avis.

Ce nouveau rapport, prolongement de celui publié en 2011 sur l’évolution des compétences et des métiers dans la presse, est le "fruit des réflexions de groupes de travail" précise l’introduction. En réalité de deux groupes : l’un d’une douzaine de responsables "Ressources humaines" surtout de grands groupes de presse, l’autre de 26 "opérationnels" parmi lesquels une très large majorité de cadres de haut niveau : directeurs généraux, directeurs ou secrétaires généraux de rédaction, directeurs ou responsables du marketing, de l’imprimerie, du développement, chefs de service... etc. Et pour faire bonne figure, trois journalistes... dont un seul en pied dans une rédaction.

Le résultat de cette méthodologie pour le moins contestable est une partition d’une belle homogénéité, où domine la voix des responsables et cadres de direction. 

Dire qu’avec la montée en force du multimédia "les grandes étapes de la rédaction, autrefois distinctes (collecte, production, distribution), s’interpénètrent dorénavant à tout moment de la journée, de la nuit, du week-end" et qu’il faut dans ce contexte, "renforcer la transversalité et la collaboration entre métiers, ainsi qu’une veille permanente sur les nouveaux usages", peut s’entendre. Mais cela justifie-t-il "une production organisée autour d’un trio de journalistes, de responsables marketing et de techniciens". Cette proposition du rapport est un véritable dévoiement des missions de l’Observatoire. Elle vise à donner au marketing une place qu’il n’a pas à avoir dans une rédaction. Ce que nous propose ce texte, c’est un fonctionnement "optimisé", avec "des temps de validation qu’il faut raccourcir", et des "décisions éditoriales qu’il faut dorénavant prendre collectivement", donc avec les équipes marketing. Pour la publicité, il s’agit désormais "de travailler davantage avec la rédaction et proposer des actions à forte valeur ajoutée, pour augmenter l’audience et la diffusion".

Parmi les recommandations sur les actions à mettre en oeuvre pour accompagner ces évolutions, "favoriser des coopérations entre éditorial, commercial, marketing et publicité","connaître le lecteur en intégrant une dimension marketing au sein des équipes de journalistes", ou encore "apprendre à « servir » le lecteur en lui proposant des services en lien avec la marque et l’offre éditoriale".. !

Qu’un tel discours soit tenu par des dirigeants d’entreprises de presse, des cadres de haut niveau et des représentants RH n’est pas surprenant, dès lors qu’on tient l’information pour un produit comme une autre. Il est représentatif de trop d’employeurs de presse pour qui l’Information est une composante utile d’un chiffre d’affaire. Cette vision n’est pas la nôtre. Notre ambition, en tant que journalistes, est de fournir au lecteur une information de qualité et indépendante, ce qui exige une nette séparation des genres entre l’éditorial et d’autres fonctions, marketing et publicité tout particulièrement.

Mais ce qui est ici tout à fait inadmissible, c’est qu’un discours partisan, ce même discours dont nous abreuvent toutes nos directions sur l’importance de la "marque" de presse et des "produits" qu’elle diffuse, soit institué comme texte de référence par l’Observatoire des métiers de la presse, qui pare ainsi frauduleusement un discours idéologique d’habits pseudo-scientifiques.
 Le SNJ, qui a, avec les autres partenaires sociaux, participé à la création de l’Observatoire des métiers de la presse et à son fonctionnement, ne peut que s’insurger contre cette malhonnêteté intellectuelle, de nature à jeter un doute dans l’esprit de tous ceux, professionnels d’aujourd’hui et de demain, qui suivent de près les productions de l’Observatoire. Il demande donc le retrait de ce texte, le rappel à l’ordre, par la CPNEF Presse qui le pilote, de l’Observatoire sur ses missions et sur le sérieux méthodologique qui doit y présider. Il souhaite que les nouveaux statuts de l’Observatoire, en cours de redéfinition après le rapprochement avec l’AFDAS, apportent le plus grand soin à définir des modalités de composition et de fonctionnement nécessaires pour éviter ces égarements.

Paris,

mardi 17 septembre 2013


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