Syndicat national des journalistes

Premier syndicat français de journalistes
01 42 36 84 23 - snj@snj.fr - nos horaires

Accueil du site > Le syndicat > La communication du SNJ > Les communiqués de presse > En 2013 > Partenariats : un malsain mélange des genres - jeudi 19 septembre 2013

Section Centre-Presse Aveyron

Partenariats : un malsain mélange des genres

"Un journaliste digne de ce nom refuse et combat, comme contraire à son éthique professionnelle, toute confusion entre journalisme et communication", est-il gravé dans la charte d’éthique professionnelle des journalistes 1918-1938-2011. Or au sein de notre quotidien départemental Centre Presse Aveyron, une série d’opérations dites de "partenariats" met à mal ce devoir énoncé dans notre charte professionnelle.
Il s’agit en quelque sorte de "deal" passés en amont entre la direction de la rédaction et divers organismes ou institutions publics ou semi-publics et qui consistent à publier des pages entières dans lesquelles se côtoiront articles rédactionnels et encarts publicitaires, le tout accompagné d’un accord portant sur une "vente en nombre" (consistant en un engagement de l’annonceur à acheter une quantité conséquente de journaux). C’est-à-dire que l’achat est directement conditionné en amont à la présence d’articles. Soit un très malsain mélange des genres, à même de flouter la frontière qui restait jusqu’à présent très claire entre l’information due au public, et la publicité payante facturée à l’annonceur.
Croît-on le lecteur assez naïf pour ne pas se demander si ce travail rédactionnel a été publié en toute indépendance ? Du seul fait de cette proximité physique entre un travail de journaliste et une publicité payante, son doute est naturellement permis. Surtout lorsque sur ces pages ne figure plus désormais la moindre mention permettant d’indiquer au lecteur que ce travail rédactionnel est lié à un partenariat particulier.
Ce mauvais mélange des genres ne peut dès lors que porter atteinte à la crédibilité de notre titre. Et participer ainsi à cette grave dégradation du capital de confiance entre un public et un journal, laquelle mine aujourd’hui l’ensemble de la presse. La conséquence directe en est une chute de la diffusion et des audiences, qui frappe aujourd’hui la plupart des organes d’information, et la perte de crédibilité de la profession, ainsi que ne cessent d’ailleurs de le confirmer les enquêtes d’opinion.
Au-delà de l’injure faite à une éthique professionnelle, vendre son âme pour quelques encarts publicitaires et des ventes en nombre procède donc d’un très mauvais calcul à court terme, dans lequel trop de directions de rédactions pourtant succombent, quitte à oublier que les aides publiques dont bénéficient largement nos entreprises, versées jusqu’à présent sans condition, ne sont pas destinées à créer la confusion entre information gratuite et publicité payante. Elles se fondent au contraire sur la garantie constitutionnelle de liberté, de pluralisme et d’indépendance des médias.
C’est bien pour protéger l’information de qualité, honnête, complète, et indépendante de tous les pouvoirs -et à fortiori de tous les annonceurs- que le Syndicat National des Journalistes, l’organisation la plus représentative de la profession, revendique haut et fort l’attribution à chaque équipe rédactionnelle d’un statut juridique garantissant leur indépendance, de même que l’ajout de notre charte professionnelle à notre convention collective nationale, dans le but de la rendre enfin opposable à l’employeur. Tout en accompagnant ces deux mesures d’une mise sous conditions des aides publiques destinées à la presse.
Puisque nos patrons se montrent manifestement plus sensibles aux arguments sonnants et trébuchants qu’à l’exigence d’une information de qualité.

Rodez,

jeudi 19 septembre 2013


   envoyer l'article par mail envoyer par mail   Version imprimable de cet article Version imprimable