Démolition de l'expatriation, le cadeau de Noël de la direction
Communiqué publié par l'intersyndicale et la société des journalistes de l'Agence France-Presse
Vendredi 19 décembre, lors du Comité social et économique (CSE), la direction a présenté aux organisation syndicales, sans prévenir, un projet de big bang pour l’Agence.
Yacine Le Forestier, de la direction de l’information, a ainsi annoncé :
Un fort resserrement de l’expatriation sur les postes d’encadrement ou de reporters dans les bureaux les plus difficiles (Téhéran, Pékin, Kaboul, etc.) ;
L'incitation à s’expatrier plus tôt dans la carrière – mais bien sûr en statut local, et les conditions de travail qui vont avec ;
L'allongement de la durée de certains postes à l'étranger au-delà des 5 ans actuels, au nom de la préservation du travail de sources ;
L'implication accrue des desks dans la production, notamment sur les breaking news ;
La fusion à venir de sièges régionaux, pour passer à une organisation en trois grandes régions, dont une grande région "Amériques" ;
Le recours accru à l'intelligence artificielle (IA) pour la traduction.
En appliquant la stratégie du choc, la direction déguise ce plan d'économies en brillante stratégie d'adaptation de l'Agence au monde d'aujourd'hui. Mais ne nous y trompons pas : les salariés voient bien, depuis six mois, combien les économies de bout de chandelle se multiplient tous azimuts dans le réseau, avec en point d'orgue les 46 départs à la retraite dont la plupart ne seront pas remplacés.
La direction nous a fièrement annoncé qu'elle nous épargnait encore pire : l'expatriation ne sera pas supprimée purement et simplement, la production de copie dans certaines langues non plus. Et on devrait dire merci ? Eh bien oui, a sous-entendu la direction, car c'est pire ailleurs ! « On aura moins de mobilité que dans le passé, mais on en aura plus que dans d’autre médias », a lâché le directeur de l’information, Phil Chetwynd.
C'est une nouvelle tentative de mettre à bas l'ADN de l’Agence, pour lequel la rédaction s’était massivement mobilisée en juin 2024 dans une grève historique.
L'expatriation sera donc, encore plus qu'actuellement, réservée à une petite élite, qui trustera encore plus qu'aujourd'hui les postes expats, en pouvant de surcroît rester en place encore plus longtemps.
Comble du cynisme, la direction justifie ce projet par les inégalités entre journalistes expats et locaux, une situation qu'elle a elle-même créée et que nous n'avons cessé de dénoncer. Le remède est donc de niveler par le bas !
Nos collègues hispanophones ou arabophones peuvent se rassurer : leurs langues de travail ne disparaîtront pas… mais la traduction se fera avec l'IA, la direction les invitant à produire plutôt de la copie "originale". Mais avec quels moyens ? Ils voient depuis des années les postes de production dans leur langue se raréfier, et les réformes d'ampleur imposées avec brutalité.
L'intersyndicale appelle la rédaction à préparer une mobilisation significative pour mettre en échec, à la rentrée, ce projet de démolition de deux piliers de l’Agence : l'expatriation et l'expertise multilingue.

