La direction du Figaro préfère les paillettes à l’information
Trois millions d’euros. Non, vous ne rêvez pas : la direction a prévu d’investir trois millions d’euros dans les célébrations du bicentenaire de notre journal. C’est une évaluation a minima. Cela exclut les coûts de l’investissement demandé aux équipes du journal, notamment la documentation, qui, de ce fait, ne peuvent plus travailler à la production quotidienne de l’information. Après avoir diminué les effectifs de la documentation, la direction a demandé à ce service de se consacrer en grande partie au bicentenaire. Pour les journalistes, c'est une perte énorme qui entrave leur travail. Sans documentation, aucun journal ne peut fournir une information de qualité.
Les consignes ont donc été passées à tous les services : limiter les reportages. Revoir drastiquement les budgets consacrés aux piges, considérés comme "une variable d'ajustement" selon la direction. Geler les embauches de journalistes.
Le seul investissement qui devrait compter pour Le Figaro, c’est celui qui augmenterait notre capacité à répondre à la demande de nos lecteurs de plus d’informations, d’une information encore plus travaillée, fouillée et crédible. Cela demande de l’argent, beaucoup d’argent. Mais la direction a choisi de louer pendant trois jours le Grand Palais pour y parader devant les annonceurs et les politiques. Quel apport cela a-t-il pour nos lecteurs ? Aucun. De quelle manière cela permet au Figaro d’augmenter son audience ? Aucune.
Les négociations salariales annuelles ont commencé. Évidemment, toute marge de manœuvre ayant été ponctionnée pour le bicentenaire, le message de la direction est en substance : « On ne peut pas vous proposer grand-chose ».
Interrogée par le SNJ en CSE sur le coût de la célébration du bicentenaire, la direction nous a répondu ne pas avoir d'évaluation avant que Marc Feuillée annonce triomphal dans la presse ce coût de trois millions d'euros. Cette désinvolture vis à vis de vos représentants en CSE est plus que préoccupante.
Tout cela est à l’image de l’affiche de la célébration du 200e anniversaire : une image de mode démodée, centrée sur Paris, sans une quelconque référence au travail des centaines de journalistes depuis 1826 qui ont fait la réputation du Figaro. Dénuée de toute référence au travail extraordinaire fait par les équipes pour s’adapter à la nouvelle donne de l’info en ligne. Elle ne fait référence à rien finalement. Une image vide qui fait peur sur les intentions de la direction pour l’avenir de nos rédactions.
Pendant qu’ils sabreront le champagne au Grand Palais, nous devrons sortir un journal, alimenter un site Web avec des moyens en diminution. D’autres groupes de presse en France et dans le monde ont fait un autre choix : investir dans la production d'informations en renforçant leurs équipes rédactionnelles. La direction du Figaro préfère les paillettes du Grand Palais.

