Liberté de la presse : les politiques ne doivent pas « filtrer » les journalistes
Ce lundi 23 février, La France Insoumise a diffusé un communiqué de Jean-Luc Mélenchon qui annonce la tenue de conférences de presse « réservées aux médias numériques alternatifs ».
Pour justifier ce tri entre journalistes, et la mise à l’écart d’une grande partie de la profession, Jean-Luc Mélenchon invoque ce qu’il appelle une « séquence désolante ». Il qualifie ainsi le traitement médiatique des affrontements intervenus à Lyon le 12 février, et qui ont provoqué la mort d’un militant nationaliste lié à des groupuscules d’extrême droite.
Le décès de Quentin Deranque, ainsi que sa récupération par de nombreux responsables politiques, ont été abondamment traités et commentés depuis dix jours par les médias français. Une partie de cette production journalistique fait l’objet de critiques, ce qui est tout à fait légitime. Plusieurs rédactions débattent d’ailleurs en interne des angles choisis, des qualificatifs employés, ou de la contextualisation de certaines interviews.
Ce qui est moins légitime, et plus inquiétant, c’est d’essayer de placer chaque journaliste dans un camp : celui des bons, ou celui des mauvais. Et de réserver certaines conférences de presse aux premiers. Une décision plutôt préoccupante de la part d’une formation politique qui affirme dans son programme vouloir « garantir la liberté éditoriale des rédactions ».
Jean-Luc Mélenchon s’attaque sans nuance à la télévision et à la presse imprimée, qu’il juge « irresponsable ». Ce faisant, il renforce la défiance à l’égard de milliers de journalistes, parlant même « d’officialité médiatique » et de « connivence ».
Le Syndicat national des journalistes (SNJ), dont les militants travaillent dans toutes les formes de presse, est bien placé pour savoir que le travail journalistique honnête et sérieux existe partout, y compris dans des médias détenus par des milliardaires ou des banques. Écarter les journalistes de ces rédactions, par principe, est une entrave à la liberté de la presse.
Si le SNJ, auteur de la Charte d’éthique professionnelle, rappelle qu’un journaliste digne de ce nom « exerce la plus grande vigilance avant de diffuser des informations d’où qu’elles viennent », il défend également le droit d’accès des médias « à toutes les sources d’information concernant les faits qui conditionnent la vie publique ».
Le Syndicat national des journalistes, première organisation de la profession, invite La France Insoumise à saisir le Conseil de Déontologie Journalistique et de Médiation (CDJM) si elle estime qu’il y a eu atteinte aux bonnes pratiques de la profession.
Il appelle solennellement les responsables de ce parti à renoncer à « trier » les médias, et donc à ouvrir toutes ses conférences de presse à l’ensemble des journalistes professionnels.

