N'abandonnons pas les journalistes afghans !
En Afghanistan, journalistes et médias indépendants sont persécutés par les talibans. Depuis la France, le Syndicat National des Journalistes (SNJ) est engagé aux côtés des consœurs et confrères qui tentent d’échapper à cette dictature. Ces trois dernières années, le syndicat a accompagné et soutenu plus de 180 journalistes réfugiés en France. Beaucoup d’autres, privés de liberté et menacés de mort dans leur pays, espèrent les rejoindre.
Mais ils se heurtent depuis quelques mois à une porte fermée. Les refus de visas d'entrée en France deviennent la norme. Leur dernier espoir : un recours devant le tribunal administratif.
Le SNJ appelle donc tous les défenseurs de la liberté de la presse et des droits humains à se rassembler le mardi 28 janvier, à 10h, devant le Tribunal Administratif de Nantes, pour exiger que la France continue à accueillir les journalistes afghans.
Depuis la prise de pouvoir des talibans, en août 2021, une chape de plomb s’est refermée sur les médias afghans. Nos consœurs et confrères sont menacés, traqués, emprisonnés.
Pourtant, seize journalistes afghans, bloqués en Iran et au Pakistan, se voient contraints de contester devant le Tribunal Administratif de Nantes le refus par notre pays de leur délivrer des visas long séjour (dits « asile »). Une audience en recours d’urgence est fixée à la date du 28 janvier.
Le Syndicat National des Journalistes (SNJ) est aux côtés de ses consœurs et confrères, en intervenant volontaire dans cette procédure.
Alors qu’en 2024, au nom de la « loi sur la moralité » les médias afghans ont subi une pression terrible (douze médias, radios et TV, ont été fermés en huit mois), que des dizaines de consœurs et confrères se trouvent arrêtés, détenus, battus et doivent se cacher en espérant l’exil, beaucoup de journalistes afghans sont contraints de fuir et se retrouvent en Iran ou au Pakistan.
Le 26 juin dernier, onze d’entre eux ont vu leur demande de visa rejetée en quelques heures par l'ambassade de France à Téhéran (Iran), après avoir espéré et attendu longtemps. Depuis, à Téhéran comme à Islamabad, la liste des refus s’allonge chaque jour.
Alors que les femmes afghanes sont privées de tous leurs droits, sous le joug d’un régime inique leur interdisant désormais toute visibilité, et que nos consœurs, réfugiées dans des pays voisins, vivent terrifiées à l’idée d’être renvoyées en Afghanistan, elles sont de plus en plus nombreuses à voir désormais leur demande de visa rejetée par les autorités françaises.
Femmes et journalistes, défenseuses des droits, c’est une double peine.
Une situation alarmante que le porte-parole du Ministère de l’Europe et des Affaires Etrangères avait lui-même rappelé lors d’un point presse du 15 février 2023, déclarant : « Nous continuons à apporter une attention particulière à la situation des journalistes, mais aussi des femmes afghanes qui sont particulièrement menacées, et nous nous efforçons de traiter ces situations de manière prioritaire ».
Le Premier Ministre François Bayrou, lors de son discours de politique générale, le 14 janvier, déclarait : « Je pense particulièrement au sort des femmes afghanes et iraniennes, enfermées vivantes, aux femmes afghanes interdites d'aller à l'école, interdites d'aller à l'université, interdites même de chanter… ».
La Cour nationale du droit d’asile, le 11 juillet 2024, puis la Cour de Justice de l’Union européenne, ont reconnu toutes deux le droit d’asile aux femmes afghanes discriminées par leur simple genre. Pourtant, fin 2024, des consœurs en transit en Iran ou au Pakistan ont vu leur demande de visa refusée par les autorités françaises.
Pourquoi ce revirement ? Dans l’esprit des engagements du président de la République Emmanuel Macron le 16 août 2021, au lendemain de la prise de Kaboul par les talibans, de nombreux journalistes, artistes, militants, défenseurs des droits, ont pourtant pu être accueillis en France, malgré de longues attentes. Plus de 180 consœurs et confrères, accompagnés par le SNJ, ont pu obtenir la protection de la France.
Mais alors que la loi sur « la promotion de la vertu et la répression du vice » interdit à présent dans de nombreuses provinces afghanes la diffusion d’images d’êtres vivants, que les journalistes sont chaque jour menacés, emprisonnés, le nombre croissant de refus de visas nous indigne. Et contredit les discours.
Au Pakistan, alors que des arrestations de réfugiés afghans ont lieu chaque soir, des confrères ont déjà été arrêtés, expulsés. La situation est alarmante.
En Iran aussi, les autorités ont déjà arrêté certains de nos confrères. L’un d’entre eux, renvoyé vers l’Afghanistan, a immédiatement été interpellé, détenu et a subi de mauvais traitements. Aujourd’hui sorti de prison, il se terre.
La France avait su faire preuve d’humanité en 2021. Elle doit être à la hauteur de l’engagement du premier jour. Ces refus d’octroi des visas pour les journalistes afghans sont inacceptables. Il est urgent que les actes soient en cohérence avec les discours.
Un rassemblement de soutien aux journalistes afghans aura lieu, mardi 28 janvier, à 10 heures, devant le Tribunal administratif de Nantes.
Protégeons nos consœurs et confrères !
Des visas pour les journalistes afghans !

