Petite histoire de la CCIJP
Une carte nonagénaire
« La carte d’identité des journalistes professionnels, c’est le contrôle du journalisme par les journalistes », ainsi s’exprimait Le Journaliste, bulletin du Syndicat National des Journalistes (SNJ) dans son numéro de janvier 1936, il y a maintenant 90 ans, à l’occasion de la parution dans Le Journal officiel du règlement d’administration public parachevant la loi du 29 mars 1935 portant statut du journaliste professionnel. « La loi étend désormais sur le journaliste une protection analogue à celle qui couvre le médecin et l’avocat », concluait Le Journaliste à l’époque.
La première Commission de la Carte a été nommée en 1936 par le ministère du Travail et installée jusqu’à la Libération au 5 de la rue du Coq Héron près de la rue du Louvre, dans des locaux contigus à ceux où siège actuellement le SNJ. Elle fonctionnait alors avec deux salariés à plein temps. Elle en compte quinze en 2026.
Le jour de l’inauguration de la Commission de la Carte (22 mai 1936), Georges Bourdon (qui présidait le SNJ depuis 1922) déclara notamment : « Le journalisme est aujourd’hui une profession organisée, c’est-à-dire limitée ». Et Le Journaliste ajoutait dans son numéro de juin 1936 « nous ne connaissons désormais que deux frontières : celle de la profession et celle de la moralité ».
Avant les grandes lois sociales de 1936 et de la Libération, la loi du 29 mars 1935 a fait de la Commission de la carte une institution fondée sur le paritarisme intégral, avec une institution composée d’autant de représentants des salariés que des employeurs. Le fonctionnement de la Commission est fixé par les articles R 761-5 à R 761-18 du Code du travail de cette époque.
La première élection à la CCIJP a eu lieu le 19 décembre 1937, et le SNJ remporta dix sièges sur les treize à pourvoir.
La CCIJP reprend ses travaux à l’issue de la Seconde Guerre mondiale
Après la guerre, à la Libération, la Commission de la Carte est officiellement chargée de l’épuration d’une profession trop largement compromise pour collaboration avec les nazis durant l’Occupation. Elle siège alors au 144, avenue des Champs-Élysées, et, à partir de 1946, au 6 de la rue du Mont-Thabor près du Palais-Royal, puis au 6 de la rue des Pyramides. Elle est aujourd’hui installée rue La Fayette dans le Xe arrondissement de la capitale.
La carte de journaliste honoraire délivrée à partir de 1953
Il a fallu attendre le 15 décembre 1953, pour que la carte de journaliste honoraire, revendication ancienne, trouve sa traduction juridique par le vote d’une loi. Les journalistes ayant exercé la profession pendant trente années au moins ou pendant 20 ans et bénéficiant d’une retraite au titre de journaliste professionnel, peuvent, sur leur demande, obtenir le titre de journaliste honoraire et la délivrance d’une Carte d’identité de journaliste professionnel honoraire. Elle est attribuée à vie, avec un renouvellement à opérer tous les six ans aujourd’hui (ce qui permet à la CCIJP de garder le contact avec les confrères retraités).
1997 : la Carte se modernise
Jusqu’en 1996, la carte d’identité de journaliste professionnel avait l’aspect d’une carte en carton pliée en deux. La partie supérieure, barrée de tricolore, était revêtue d’un timbre millésimé attestant que le détenteur était bien titulaire de la carte de journaliste pour l’année en cours. La partie inférieure comportait les signatures de deux membres de la Commission, un journaliste et un employeur, et la photo du titulaire, gaufrée par un timbre à sec portant le sceau de la République à l’effigie de Marianne.
Depuis 1997, la Carte de Journaliste professionnel est une carte en plastique, format carte de crédit, remplacée chaque année, avec en évidence le chiffre de l’année en cours. Et depuis 2021, une nouvelle étape est franchie avec le lancement pour les journalistes et leurs employeurs de la demande de carte en ligne.
Le fait que les numéros de carte de journaliste ne soient jamais réattribués, explique que les dernières cartes attribuées par la Commission portent des numéros désormais au-delà de 145 000, alors qu’en 2025 le nombre de journalistes en activité ou honoraires étaient de 34 784.
Grâce à la carte de presse, un portrait-robot de la profession
Sur le millésime 2025, les hommes représentent 51,1 % des 34 387 journalistes en activité, mais la profession continue de se féminiser. Les femmes sont 48,6 %. Les personnes ne s’identifiant à aucun des deux genres 0,3 %. L’âge moyen est de 44,1 ans. 1 858 premières cartes ont été délivrées en 2025 (5,3 % des demandes), en baisse de 8,9 % par rapport à l’année précédente. Plus des deux-tiers (67,4 %) des journalistes cartés en activité sont en CDI mensualisé. La part de précaires elle en revanche est en hausse de 1,6 % par rapport à 2024. Les pigistes et les CDD représentent respectivement 12,3 % (4 282 cartes) et 9,3 % des effectifs (3 228 cartes). Toutes les statistiques 2025 de la CCIJP ici.

