Reprise du Journal des Entreprises par Overlord : rédaction vidée, salariés repris en précarité

Reprise du Journal des Entreprises par Overlord : rédaction vidée, salariés repris en précarité

C’est avec consternation et inquiétude que les salariés du Journal des Entreprises ont appris le 23 juillet au matin que la société Overlord Group, dirigée par Gaspard de Monclin, avait été désignée par le tribunal de commerce de Nantes pour reprendre leur entreprise, Manche Atlantique Presse, entrée en redressement judiciaire à la fin du mois de mai. 

Selon les termes de l’offre déposée par M. de Monclin, cette reprise revient à vider la rédaction de ses 35 journalistes permanents. Seuls sont conservés 10 salariés dans des fonctions commerciales, sur les 52 salariés que comptait Manche Atlantique Presse. Sur les 32 journalistes pigistes qui collaborent au journal, 11 sont gardés. Ce sont en tout cas les chiffres transmis : dans les faits, aucun engagement n’est pris sur le volume de piges qui seront confiées aux pigistes. Quant aux commerciaux, leur rôle et la pérennité de leurs emplois restent encore à définir, dans un journal désormais sans contenus. 
C’est donc une véritable saignée, qui s’ajoute à la longue liste des suppressions de postes annoncées ces derniers mois dans la presse française. C’est surtout, pour le Journal des Entreprises (JDE) et ses salariés, la fin d’une aventure entamée en 2003, au service des acteurs économiques qui font vivre et animent au quotidien les régions françaises. 

Présentes dans neuf grandes régions, les équipes du JDE, via le mensuel papier, le site internet, les newsletters quotidiennes, les évènements, se sont chaque jour efforcées de mettre en lumière le dynamisme, la vitalité et l’inventivité des entrepreneurs des territoires, et de porter notamment, la voix des PME. 

Aujourd’hui, les salariés se demandent bien comment le JDE va pouvoir poursuivre sa mission, maintenant qu’il est vidé de sa rédaction, et détenu par un entrepreneur qui prétend défendre l’économie en région tout en délocalisant dans l’Océan Indien et en Tunisie, et ne peut s’enorgueillir que d’une idée de génie : remplacer les journalistes par l’Intelligence Artificielle pour assurer un maximum de rentabilité à ses actionnaires. Faire des journaux sans journalistes, on a vu mieux comme sauvetage de la presse française. L’enjeu démocratique est pourtant de taille, à quelques mois d’un scrutin national.

L’inquiétude la plus vive demeure également concernant les conditions de travail des salariés conservés dans l’entreprise. Le sort des équipes qui ont pu rester au sein des journaux précédemment repris par Overlord, le Revenu et le Nouvel Economiste, n’est en effet pas enviable, si l’on en croit les témoignages reçus pendant la procédure, et la grande enquête publiée en juin par le journal l’Humanité. La plus grande vigilance est de mise concernant les pratiques sociales au sein du groupe Overlord ; alerté sur ce point, le Tribunal n’a pas semblé vouloir donner suite à ces mises en garde, pourtant étayées. Nous ne pouvons que le déplorer.

Nantes
Jeudi 23 juillet 2026
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